Photogrammes

Mardi 20 novembre 2007
m'essouffle

1

j'entends l'appel de mon nom
une voix approche mon écoute
la demande, la voix
elle me prononce

2

j'ai vu Dieu
face à face
et mon âme
a été sauve
Par Rodolphe Olcèse
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Lundi 19 novembre 2007
« Un soleil d’où procède cette éclatante lumière »

Nous sommes ensemble. Nous marchons un peu. Je m’arrête et la laisse s’éloigner. Je la regarde. Il faut qu’elle s’éloigne pour que je puisse la regarder ainsi. Et quand elle se retire vers les rochers artificiels, nous ne cessons pas d’être ensemble. Nous sommes toujours dans cette union. Et quand elle marche, là, sur ces rochers, notre étreinte de la nuit passée se continue dans le vent léger qui nous enveloppe.

Nous n’avons plus rien à craindre. Le soleil est dans le ciel haut et brûlant. L’été avance tranquille, il n’est pas encore là et pourtant le soleil est dans le ciel, bien haut et brûlant. Des rayons percent et cherchent son visage. Il est inondé. Il y a cette lumière. Un ange s’arrête un bref instant, s’y mêle et passe. Et voilà qu’il signe notre union. Et voilà qu’il fait la noce.

Nous n’avons plus rien à craindre. C’est étrange comme le monde peut aller à sa perte, et nous y être sans avoir rien, et surtout rien à perdre. C’est étrange comme la beauté peut être malmenée et possible encore. Quel étonnement. Quelle bizarrerie. La beauté nous demande pour garder souvenir de son passage. L’effroi qu’elle suscite pour nous garder en éveil, c’est bien le signe que nous n’avons plus rien à craindre.

Des machines automobiles passent, rapides et ahurissantes. Elles veulent signifier que la mort est partout présente et menaçante alors que nous, nous sommes bien vivants. Ces bolides veulent dire que la beauté a cessé d’exister et ils n’y parviennent pas. Elle insiste, cette obstinée, elle veut avoir le dernier mot. Et elle augmente cet effroi qui nous gagne, quand elle vient se joindre à un soleil d’où procède cette lumière éclatante.
Par Rodolphe Olcèse
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Dimanche 18 novembre 2007
Tombe

Il y a des villes qui nous veulent moribonds et fantomatiques
Il y a des édifices si hauts qu'ils retirent aux hommes leur ombre
Par exemple il y a cette bibliothèque construite dans une parfaite ignorance des vies incarnées
De loin elle ressemble à un tombeau
Les bâtisseurs de ce monument étrange ont construit une immense tombe où les corps minuscules viennent s'enfoncer six pieds sous terre
Je les regarde descendre et je me demande s'ils vont remonter

L'endroit, je le connais bien
Je sais ses façades et ses couloirs intérieurs
J'y ai passé des semaines entières
Je me suis longtemps perdu dans ces longs couloirs anonymes
M'égarer était tout un métier
L'hiver, j'avais des journées sans soleil
Je voyais les livres et je voyais que les livres supportent mal l'obscurité où ils sont tenus
Nous avons besoin de ces livres pour vivre et eux de nous pour accomplir leur œuvre
Un jour j'ai dit cela à un collègue et il m'a craché au visage
J'ai parlé à ce collègue
Je l'ai exhorté à chercher dans les livres ce qui peut le faire respirer et le transformer
Il est parti d'un grand éclat de rire et il m'a craché au visage

Je sais où je vais
Je le sais depuis assez longtemps pour en avoir la trouille au ventre
J'aimerais bien penser un peu à autre chose, mais j'ai devant les yeux cette architecture terrifiante qui me rappelle à chaque instant qu'une petite mort m'est promise dès cette vie
Alors je marche
Je marche et je pense à la chair fragile
Je me demande si elle va se relever
C'est la façon que j'ai trouvé d'être encore debout.
Par Rodolphe Olcèse
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Samedi 17 novembre 2007
Dimanche

Dans un bois, une jeune fille marche
C'est dimanche
Il y a des enfants, ils n'ont pas goûté encore la joie du chômage
Ils connaissent les flâneries en forêt
Mais ils ne savent rien des heures laborieuses qui font les jours de repos dérisoires et précieux à la fois

Le bois est contre une ville où je résiste à l'avenir pauvre en promesses qui m'est proposé en traînant sous les arbres, le dimanche
C'est un terrain d'hostilité
Je ne parle pas du bois, mais de la ville qui est en son abord
Je connais ce lieu et ses usages de façon trop exacte pour prendre plaisir à y séjourner
C'est une ville horrible où les existences contrariantes sont méprisées et finalement chassées
C'est une ville insupportable où les voix ivres de beauté sont étouffées
Les vocations y sont détruites
Tout y est lisse et plat
Rien n'y est mémorable

Ce dimanche une jeune fille marche vers l'étang
Elle veut échapper à la vie éteinte, sans sel ni sens, des villes nouvelles
Elle va tranquille par les chemins et il y en a peu
Elle croise deux ou trois résidents de la ville fantôme
Ils ont une belle demeure près du bois et ils en sont heureux
La vie, leur vie personnelle, est maintenant annexée à cette propriété
C'est-à-dire qu'ils sont morts, déjà

Ce jour, ce dimanche, je suis de retour sous les arbres

Nous allons, chacun de notre côté, dans le même bois minuscule qui est parcouru par deux ou trois chemins, à peine
Nous ne nous rencontrons pas
Elle se promène et s'arrête un bref instant au bord de l'étang
Cet étang, j'en viens, je l'ai laissé derrière moi
Je poursuis ma quête absurde
Je me hâte un peu, mais sans me précipiter toutefois
Je vais d'un pas décidé
Je cherche un dieu dans une ville qui le refuse
Et je veux croire en ce dieu et je ne le trouve pas
Par Rodolphe Olcèse
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Vendredi 16 novembre 2007
Danser (un épuisement)

là, contre ce jour, il y a l'ami et il y a l'aimée
il y a le voyageur qui a posé son instrument
cet accordéon usé, éprouvé aux mélodies tziganes
il a frappé à la porte, j'ai ouvert, il est entré
il a posé son instrument, là, contre le mur

ce jour est un bleu sans mélange

je veux toujours dire la terre voyageur
avec l'ami et avec l'aimée
avec les vagabonds aux origines gitanes

le ciel soudain cesse de se répandre en clarté
et puis il y a la nuit
elle tombe, quand soudain je perds le monde

dans une salle souterraine, close
la lumière est électrique et la musique est électrique
cette lumière, cette musique font un espace confiné
les corps s'y pressent et poussent les corps
c'est une danse
c'est une danse des corps adolescents
ils sont une masse où chacun se perd et perd sa voix
trop heureux de sombrer, trop joyeux de succomber
incapable de résister à l'appel d'une colère exaltée

et puis une fumée se répand
parmi des feux artificiels
le son puissant des machines devient plus agressif
tout un monde perd contenance
c'est une ronde où les corps maintenant sont gagnés par l'épuisement
et dans cette fatigue commune, des mains surgissent, inhabituelles

les corps s'agitent et pressent les corps
partout ça hurle et partout les sens vont au chaos
les regards ne savent plus s'exercer
le monde se retire, abstrait, il n’est plus accessible
ce monde, il n'est plus qu'un sifflement
un cri aigu qui déchire les tympans et secoue la chair
Par Rodolphe Olcèse
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Jeudi 15 novembre 2007
Tziganes (une rencontre)

Il y a des voies de chemin de fer inusitées depuis long. Elles sont pour proposer cette couleur ocre rouge qui est régulièrement dissimulée par les herbes hautes de l’été. Il y a des voies de chemin de fer. La disposition des rails a déjà perdu cette symétrie qui rend les voies praticables. Ils sont, les rails, mais hors d’usage. Ils sont les prolongements de l’usine et pareils à elle : fermés. Il y en a qui là ne poursuivent pas la route, il y en a qui là sont avortés, comme s’il s’agissait, pour ces indices d’une activité passée, d’affirmer qu’ici il n’y a pas de chemin, simplement des sentiers qui se perdent dans la montagne et nous perdent en elle.
Par Rodolphe Olcèse
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Mercredi 14 novembre 2007
I Wanna Be Your Rom (une approche)

Rien ne passe que les corps. Rien. Ne passent que les corps, là, exposés à la puissance parfois écrasante des éléments, livrés bientôt, accablés par une pluie battante, une sourde force qui s’applique à inonder la terre dès que la lumière voit approcher le crépuscule, et il s’empare de la forêt, la vierge. Ce que j’ai vu, des visages, et dans ces visages, de la fatigue, la fatigue d’avoir travaillé pour rien, enfin il faut entendre la fatigue d’avoir travaillé pour un rien d’avenir, une lassitude d’être. Seuls, parmi les enfants, quelques un échappent à cette sorte d’épuisement, et sont sujets encore à une joie assurément naïve et insouciante.
Mais aussi mes impressions sont contradictoires. Les regards sont tout aussi bien de défi que de résignation, de fierté que d’imploration, à hauteur d’homme, les regards sont aussi bien l’expression d’une misère née du savoir de la mort que l’assurance d’une vitalité qui va sans obstacle. Des regards juvéniles et usés cependant, des regards de jeunesse et de vieillesse mêlées. Des hommes, et Sysiphe au milieu d’eux. Des hommes.
Rien ne passe que les corps, condamnés à ce travail, qui est absurde, sans lendemain, voués à tenir, autant qu’il est en eux, la nature en retrait, laquelle reprend son siège, et ce à seule fin de se ménager la possibilité chaque jour plus incertaine d’un espace habitable. Il y a cette nécessité : habiter par-delà les ruines. Il y a les ruines, des murs se dissipent ici, d’autres se dressent là-bas, qui sont la promesse d’une résidence prochaine, réservée à quelque personne fortunée qui viendra au village K prendre du repos, ce pendant qu’en ce même lieu d’autres gens se perdent en efforts douloureux pour voir le soleil se lever un jour qui vient, se lever puissant sur la montagne partout présente alentour, demeurée la même, un peu plus menaçante de n’être plus ressource naturelle.
Il y a la forêt et son silence est inquiétant, il y a la forêt, qui est épaisse, et le village K s’expose au tragique, violent, de la nature.
Par Rodolphe Olcèse
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Publications

Publication de textes en vers et en prose via le projet Virgule. Membre du comité éditorial de la revue étoilements. Participation régulière à la rédaction de la revue Bref. Rédaction de plusieurs entrées d'Une encyclopédie du court métrage français. Depuis peu, participation à des revues littéraires.

Filmographie

1/ I Wanna Be Your Rom (Une approche), co-réalisé avec Guillaume Tisseyre (2003)
2/ Tziganes (Une rencontre), co-réalisé avec Guillaume Tisseyre (2003)
3/ Danser (Un épuisement) (2004)
4/ Dimanche (2004)
5/ Tombe (2005)
6/ The Party (2005)
7/ "Un soleil d'où procède cette éclatante lumière" (2006)
8/ Depuis cette catastrophe intérieure (2006)
9/ m'essouffle (2007)
10/ "On était là. On sera ici. Rien ne change" (2009)

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